- Mostafa ABBA / مصطفى عبَّا
- Lyon, ليون / فرنسا, France
- Merci, langue maternelle, celle de Jâhiz. Merci, langue adoptive, celle de Voltaire. A vous vont ma reconnaissance et tout mon amour. Combien je vous sais gré de faire en sorte que mon existence soit. Vous emplissez ma tête et bouchonnez dans ma gorge au long des jours et des nuits. Merci de cohabiter en moi. Merci de constituer mon souffle mixte. Amen.
27 avr. 2014
Beauté
6 oct. 2013
Mère Morte
Seul
Seulet,
Voltigeant au gré des vents
*
18 avr. 2012
Errance... Encore... Toujours...

Les questionnements me ceignent
Alourdi d’espoir, cœur languissant, je m’en vais sur ta trace, transperçant les ténèbres, franchissant les remparts, traversant les tropiques de l’errance, de la boue, de la nausée.
Dis-moi donc :
Où as-tu déposé bagages ?
Où les bagages t’ont-ils déposée ?
Tu es à moi seul
Et à mes profondes strates ta cendre
A moi sont les instants que tu combles lorsque me surprend ta venue
Entre moi et celui que j’étais
Entre toi et moi
Tu te frayes un passage quand dans ma tête les gongs cessent de tonner
Dans mon intérieur tu célèbres solennellement le plus interdit de tes rites
Quelques semis de rêves se mettent à danser
Et le souvenir du premier exil dégringole.
28 mai 2011
Amour de la Langue
Ô langue effarouchée !
Ce sont là mes souffles mixtes
Que j’éparpille entre tes seins
Rien de plus
Rien
A l’ère où ton être n’était point être
Une nuée enfanta une lune
Et une étoile
La lune devint déesse
Tu fus l’étoile
Et moi la nuit
Toute la nuit
Tous les ennuis
23 août 2010
Patrie
*
Tu demeures donc ma patrie
Même s’ils annihilèrent la patrie en toi
Lance tes youyous car il n’est que le temps d’un cillement et les détails du premier exode me quittent. Et puis à travers mes prairies intestines, tantôt tu t’éclipseras, tantôt je boirai, en ton absence, les chagrins de mon second exil après le millième hégire. Je brandirai toute ma figure alors face à ce Rhône, pour que nous vivions, toi, Sabou et moi. Tu n’as donc qu’à pousser tes youyous…
Chante, Dame des mondes, car je te proclame ma patrie
Sur mon visage la sphère se roule, erre
Chaussant le vent
Je poursuis ce que j’appelai : Rêve
N’est-ce pas toi le Rêve ?
Quand je tente de le saisir, il se faufile, me fuyant
Voici que la patrie désirée, ma mie, se mue en ombre !
Je fonce alors dans l’errance comme tu fonces dans l’absence
Et l’enfant en moi se réveille et te hèle :
" Tarde donc un instant ! Patience !"
Tu ne tardes point, hélas !
« Du calme, dis-je alors à mon enfant, devant la porte de la patience il n’y a pas de ruée »
« Sors de moi, vieillard, répond-il. Prends ton corps arqué. Moi je ne me plierai guère. Sache que ton Moi est un gouffre qui m’étouffe. »
Quand le vieillard se mit hors de moi
L’enfant s’écria :
« Amers sont tes yeux, ami »
« Persévérons donc ! » répondis-je
*
17 août 2010
كلُّ الهَم
*
كُلُّ هَمٍّ شَجَرة
كُلُّ شجَرةٍ جُرحٌ
كلُّ جرحٍ قَصيدَة
كُلّ قَصيدةٍ بُرْكَان
كلّ بُركَانٍ امْتِحان
كُل امتِحانٍ بَدْء
كل بدْءٍ حَدَث
لَمّا كانَ الحدَث
كانَتْ فِيَّ كيْنونَتُك
Je t'ai dans la peau
*
Déchiffre dans mes yeux ton image
Vois-tu ?
Les couleurs délaissent mon visage
Tous mes reliefs prennent ta teinte
Le sommeil cède aux longues veilles
Comment ne pas répondre quand la nuit m’interroge :
Quelle saveur ont-elles, tes insomnies ?
*
*
12 août 2010
Errant... Errance...
Ô langue effarouchée !
Ce sont là mes souffles mixtes
Que j’éparpille entre tes seins
Rien de plus
Rien .
Des mots, des images, des voix, des visages s’abattent en mon sein et s’agitent. Je m’exclus et baigne dans la sueur, dans la douleur. Je vibre et tremble. Le vertige me gagne. Le tourbillon me hisse dans le firmament des galères, des geôles tortionnaires. Les déserts où j’erre m’annihilent si savamment que je ressuscite et me multiplie… AAAAh ! je sors, j’entre dans l’éveil : l’exil intérieur règne toujours ! Non ; ne me quitte pas un instant…
Peuple-moi
Moi le corps pluriel
Entre
Car ma tête est mise à prix
Entre
Car tu es le songe tant désiré
Entre car il m’est un rêve
Quand à mes voisines je le contai
Les pucelles parmi elles chantèrent, lancèrent des youyous
Attendre est exil, leur confiai-je
Voici la Méditerranée qui brandit ses geôles à ma face
Ô toi ! dirent-elles, dépense ta peine entre les saignements de l’encre et le sourire du verbe
Dépense sans te dissiper
Persévère sans te dépenser
Vas-y ! Avance !
Va … Avance…Avan… van… van…
Cette langue arabe
me ceint de ses tresses noires
Plus grands que ma voix
Sont ses alphabets
Quoi d’étonnant si ma peine ne s’apaise guère ?
Je suis le miroir qui reflète ton visage de captive
Voici ! Vois !
Moi le vagabond errant
Je ne lâche point prise.
*
AIMER
*
Je te réinvente
Sans prélude.
Je t’entame par ordre alphabétique
Sans préavis.
Je t’incruste dans la plus profonde de mes strates intérieures
Je verrouille mon dedans
Et glisse la clef sous la porte de ton cœur
Vers d’autres confins
je pars à ta recherche
chaussant le vent
chevauchant le désir.
Rêves, ombres,
envie, pénombres,
délires,
me tiennent compagnie.
Voici que soudain un ange sans ailes,
zélé,
au cœur de silex,
me bannit.
Est-ce toi ou l’autre en toi ?
Est-ce ton avers ou ton revers ?
Peut-être l’ai-je un jour aimé
Peut-être l’ai-je aussitôt oublié
Peut-être…
Tout
Peut
Être.
*
*
24 juin 2010
SEUL
*
*
Seul sans elle
Elle !
Etait-ce elle ?
Ou ne vis-je que des mirages ?
Que son ombre ?
Que son image ?
*
*
29 avr. 2010
DES-ESPERANCE-S
*
Celui que tu vis dans la fureur assaillante
n'était pas moi
Moi
Je demeure en toi
Toi ma demeure
Qu'importe si tu m'archives dans ta mémoire
Car dans tes rides je renaîtrai
Comme un enfant solitaire
Telle la dernière étoile qui, dans mon ciel, agonise
Me reconnais-tu maintenant ?
Muse es-tu ou méduse ?
Je suis l'Ego qui hurle ses entrailles:
Ego ! Ô petit moi !
Dégueule tes courroux
Et tais-toi !
Et tue-toi !
Je suis incapable de souffrir
Inapte à mourir
*
*
23 avr. 2010
AM... OU... R
Je t’aime dans ton absence et dans ta présence.
Je t’aime dans le vrai et dans la vérité. Dans la raison et dans la folie.
Quand ton être m’investit, et quand la déraison me saisit, la certitude d’être en toi, de toi et à toi, mon incertitude cesse et le doute me quitte. On dirait que telle est ta volonté. Tantôt elle est. Tantôt elle n’est pas. Est-ce là une dure épreuve que tu m’infliges et pourquoi ? Ou alors es-tu ainsi, toi qui es toi ?
Je t’aime dans l’omniprésence, dans mes ténèbres, dans tes lumières, dans ma conscience et mes transes, dans l’aller et la venue, dans l’intimité et l’extériorité, dans la douleur et dans le bonheur.
Cependant je demeure sans savoir alors que tu es le Savoir. Pourquoi tu n’es pas en moi, toi qui as le pouvoir d’être partout, y compris en moi ? Pourquoi me détrônes-tu quand je te fais allégeance ? Pourquoi t’éloignes-tu lorsque j’aspire à t’approcher ? Pourquoi ne m’apprends-tu pas ce que j’ignore afin que je puisse te connaître, te reconnaître et ne point t’ignorer?
Toi que je sais et que je ne sais pas, toi le proche et le lointain, l’Alpha et l’Oméga, dis-moi qui tu es afin que je puisse t’incorporer et te percevoir.
Entre toi et moi il y a tant de distances.
Parfois je ne dénigre pas ton être, sans pour autant te consacrer.
Parfois je n’ai ni doute en toi ni certitude.
A dessein je te laisse la paix, même lors de mes détresses les plus tenaces, mes angoisses les plus coriaces, non point pour le plaisir d’être un infidèle, non, mais pour alléger ta tâche tout en continuant ma marche seul. Seul et unique. Libre, sans Toi. Comme Toi.
J’atteste qu’il n’y a point de Moi que Toi. Il n’y a nul autre, autre que Toi. De Toi, les choses, toutes les choses, respirent et tirent leur souffle. Ton souffle, toi qui es Lumière sur Lumière.
Alors quand tu voudras viens. Reviens.
Moi, je n’arrive pas à aller jusqu’à Toi.
Où es-tu donc ?
6 avr. 2010
DESIR
*
Désir brut
Envie brutale
Femme qui m'enflamme
Femme fatale
Foudre qui scalpe
Comment pourrais-je baisser les yeux ?
Alors qu’est ouvert
entre ses cuisses
Telle la porte des Alpes ?
Stature fougueuse
Allure effrénée
Béni soit-il dans sa toison dorée
Celui-là qui se laisse deviner
Béni soit-il
Celui qui l’a étrenné
*
VISION
*
*
Je la vis qui planait traversant mon ciel intérieur
Ma lune était éteinte ces jours-là
Elle se posa un instant, alluma une étoile, puis elle s’envola
Elle me laissa sa fragrance et s’en alla
C’est alors que je fus épris d’elle
Je décollai vers l’ailleurs où sa rencontre était probable
Un vent d’automne me transportait
De même qu’un rêve
au teint de la lumière
à la vitesse de l’envie
*
*
12 févr. 2010
CASABLANCA
*
*

Qu’a-t-elle à m’engloutir ainsi ?
Serait-elle jalouse de Lyon qui m’abrite ?
Elle lâche ses pots d’échappement à mes trousses
Et ses chauffards me volent la vie
Pourquoi oublie-t-elle que j’existe ?
Que me reproche-t-elle au juste ?
Animée malgré ses
19 oct. 2009
FUSION
*
*
Quand les mots me traversent
C’est toi que je vois.
Quand tombent les averses
qui arrosent ton corps
En toi je me noie.
Quand dans tes yeux s’allume le sourire,
quand ta voix susurrée de loin me berce,
je suis ta voie et cesse
d’être
celui que je suis
Je deviens ton disciple, déesse
Diapré de ta lumière
Orné de ta beauté
ÉCRIRE, étreindre le Verbe
Quand les tambours de la solitude tonnent, résonnent dans mon crâne et me pulvérisent, j’écris.
Pour renaître, me relever, m’élever et grandir, j’écris.
Pour me reconstruire, me restituer, me situer dans l’espace et le temps, pour être, devenir, advenir, j’écris.
Pour vomir mes désirs, brandir l’amour igné, la haine probable et mes ires, j’écris.
Contre l’usure, pour durer, j’écris.
Pour apprendre à me connaître, à me reconnaître chaque matin au réveil, à me renouveler, à me dépasser, à éparpiller ma cendre, celle de mon corps et de mon âme dans l’infinitude des cieux, j’écris.
Pour me propager dans l’espace tangible ou temporel, proche ou lointain, m’y diffuser, grisé ou en transe, ici, là et ailleurs, y voltiger et planer avec cette sensation rare, suave et douloureuse, celle d’être, d’exister chez l’autre, connu ou inconnu, de l’étreindre et l’aimer comme un fou à lier, j’écris.
Pour savourer le goût de la paix, de la liberté, pour détruire et reconstruire, je susurre le mot, le hurle, le vomis.
Pour que la mort m’oublie, j’étreins le verbe.
J’écris donc je prie, je fais ma catharsis.
J’écris donc je suis.
J’écris car j’écris.
Merci, langue maternelle, celle de Jâhiz
Merci, langue adoptive, celle de Voltaire.
A vous vont ma reconnaissance et tout mon amour. Combien je vous sais gré de faire en sorte que mon existence soit.
Vous emplissez ma tête et bouchonnez dans ma gorge au long des jours et des nuits.
Merci de cohabiter en moi.
Merci de constituer mon souffle mixte. Amen.