24 mars 2016

Du neuf chez B. H. RONGIER

Vient de paraître:


(Pour une meilleure lecture merci de cliquer sur l'image pour l'agrandir)
 
 
EXTRAIT
 
2
"Vous pensiez peut-être qu'il ne tuait plus ?"
 
Entre le PROMENEUR. Il s’approche du rectangle, dépasse légèrement la ligne blanche, s’arrête. Il regarde alentour. Un temps.
Entre le PROPRIÉTAIRE, armé d’un fusil.
PROPRIÉTAIRE :   Où vous croyez-vous ?
PROMENEUR :       Pardon ?
PROPRIÉTAIRE :   Ne vous gênez pas.
PROMENEUR :       Je ne comprends pas.
PROPRIÉTAIRE :   Votre pied, là.
PROMENEUR :       Quel pied ?
PROPRIÉTAIRE :   Votre pied gauche.
PROMENEUR :       Qu’est-ce qu’il a ?
PROPRIÉTAIRE :   Il empiète.
PROMENEUR :       Il empiète ? Sur quoi ?
PROPRIÉTAIRE :   Ne faites pas l’imbécile. Vous savez ce que veut dire empiéter. Enlevez ce pied immédiatement. (LE PROMENEUR hésite un instant, puis recule d’un pas.) Dire qu’on en est encore à se demander comment naissent les guerres. Quelle naïveté ridicule. L’origine des guerres, on en a des exemples tous les jours, à longueur de journée.
PROMENEUR :       Quelles guerres ?
PROPRIÉTAIRE :   Les pugilats, les rixes, les conflits en tous genres. Ce sont les gens comme vous qui en sont responsables. Les empiéteurs. Il n’est pas midi et vous êtes déjà le deuxième empiéteur de la journée. Ça promet.
 
 


16 mars 2016

Une femme sous couverture (nuageuse)


 

Elle se barricade derrière son voile flottant.

Elle voit le monde à travers deux trous percés dans un tissu noir qui cache son visage (a-t-elle un visage ?).

Peut-être bouillonne-t-elle dedans, flottant dans la sueur.

Quel danger aurait-elle encouru si elle avait libéré son corps de cette « tente » mobile ?

Et qui, parmi les mâles, bave coulant comme un chien marocain, famélique et haletant, oserait-il lui sauter dessus, en cette canicule estivale ?

 

امرأة تحْت التغطية (السحابية)

 
تتمترس خلف قماشها الفضفاض.

 ترى العالم من خلال ثقبين في ثوب أسود يغطي وجهها (هل لها وجه؟).
لعلها تغلي في داخله وتتصبب عرقا.
ما كان ضرها لو نزعَتْ عن جسدها هذه "الخيمة" المتحركة؟
ومَن كان من الرجال سينقض عليها ولعابه يسيل ككلب مغربي "مُجوعَف" ولاهت في حر هذا الصيف المحرق؟
 

 


 

 

25 sept. 2014

Le coeur d'Isabelle/قلب إيزابيلا

 

أخيراً وقعت الواقعة.

ماتت "إيزابيلا" بمرض لست أدري ما هو.

بكيتُ كحمار. كان يجب أن أبكيَ.

علمتُ أن قلب "إيزابيلا" قد زُرِع في جسد آخر كان في حاجة إليه. هو جسد إحداهن تُسَمَّى "فاطمتو مْبَا" والتي كانت في أول القائمة من بين الذين لديهم الأسبقية لتلقي عملية من هذا النوع.

إيزابيلا كانت تقول لي دائماً: "أنتَ في قلبي يا مصيْطِفى إلى الأبد، وستبقى كذلك إلى الأبد".

الآن، هذا القلب الذي من المفروض أنني بداخله هو مغروسٌ في جسد آخر، في جسد "فاطمتو مْبَا"، ابنة عمومتي الإفريقية (قلبٌ أبيض في جسدٍ أسود)!

أرشدني مسؤولو المصلحة الطبية إلى غرفتها داخل المستشفى.

مدججاً بالورود و بالرغبة في أن أُلاقيَ ذاتي في قلب "إيزابيلا" ، القلب الذي تحمله الآن "فاطمتو مْبَا"، أقف منتصبا أمام سرير هذه الأخيرة . كنتُ أتمنى أن تنضنض في سريرها وأن تنقضَّ عليَّ كسهمِ صيادٍ إفريقي وتغرقني بقبلات مليئة باللُّعاب العذب.

لا.

ما أن فتحت "فاطمتو مْبَا" عينيها ومسحت بنظرات متراخية أبعاد الغرفة، نظرات انصبَّت على وجهي بالضبط حتى أطلقتْ صرخة مدوية.

ثم انهارتْ جثة هامدة،

وكفَّ قلبُ إيزابيلا عن النبض إلى الأبد.

 

Le cœur d’Isabelle



Voilà. C’est fait.
Isabelle est morte de je ne sais plus quoi.
J’ai pleuré comme un dingue. Il le fallait.
J’ai appris que son cœur a été greffé dans un autre corps qui en avait besoin. Celui d’une certaine « Fatimatou M’Ba », laquelle était la première sur la liste pour recevoir une greffe urgente.
Isabelle m’avait toujours dit : « Tu es dans mon cœur pour l’éternité, mon petit Mousse, et tu le resteras toujours ».
Maintenant, ce cœur où je suis censé être, est dans un autre corps, celui de « Fatimatou M’Ba », ma « cousine » africaine (un cœur blanc dans un corps noir !).
Le corps médical m’oriente vers sa chambre d’hôpital.
Armé de fleurs, d’envie de me retrouver dans le cœur d’Isabelle que porte maintenant une certaine Fatimatou, je me plante devant le lit de celle-ci. J’espérais que, en me voyant en face d’elle, Fatimatou-Isabelle sauterait de son lit et s’élancerait vers moi comme une flèche d’un chasseur africain en me couvrant de baisers délicieusement baveux (et plus si affinité).
Non.
Dès que Fatimatou a ouvert les yeux, balayant nonchalamment les murs de la chambre, ses regards fixant ma tête, elle a poussé un cri retentissant.
Puis elle s’est écroulée, corps inanimé,
Le cœur d’Isabelle a cessé de battre pour de bon.