30 nov. 2009

الصباح الذي يشبهني


نص للصديق الشاعر توفيقي بلعيد





الشوارعُ المُبلَّلةُ مساءً
الأرصفةُ النَّديةُ
النوافذ المُغْلَقة
الشجرة الوحيدة في زاوية الزُّقاق
هذه الأشياء الباردة
هذا الخريف الغامض قبل الوقت
هذا المنزل الهرِم
هذا المنظر الضبابي قريبٌ إلى قلبي

كم يُشْبهُني العصفور المُطِلُّ مِن شق الجدار
كم يُشبهني الصّباحُ: تجرحه الضوضاء
تشبهني، حين تضربُ الأبراجَ، الرياحُ
يشبهني المساء الجاثم وحيدا قرب النهر مساءً

الشجرة الوحيدة لا تشبهني: قريبة من القلب
الخنجر الذي يذبح الخروف لا يشبهني بتاتاً
والذي يجُزّ أصابع الألوان
المسدس المُصَوّبُ نحو الحديقة
الساطور الحادُّ جدا في يد الجلاد
الحوافر التي تجوب المراتع بحثاً عن قتيل
القاذفة، التي تُطلق، على عش العصافير، النار
جرائم كثيرة لا تشبهني

الأشياء الباردة
الحذاء المنسي تحت السرير
اللسان المختبئ تحت الصمت
العيون التي، من خلف الألوان الداكنة، خلسةً تبصر
المفتاح القديم لا يشبهني أيضاً
فقط نتقاطع في بعض الملامح

من ديوان "مُنعطَفات سائبة"، الطبعة الأولى 1996. الدار البيضاء

أنظر ترجمة هذا النص في الورقة التالية

Le matin qui me ressemble


Texte de Taoufiki BELAID




Les rues trempées le soir
Les chaussées humides
Les fenêtres closes
L’unique arbre au coin de la rue
Ces objets froids
Cet automne sombre avant l’heure
Cette vieille demeure :
Ce tableau nébuleux est tout près de mon cœur.

Combien me ressemble l’oiseau qui regarde à travers la fissure dans le mur !
Combien me ressemble le matin, celui que blessent les tumultes !
Les vents quand ils battent les citadelles me ressemblent
Me ressemble le soir esseulé, allongé, seul, au bord du fleuve, la nuit.

L’arbre solitaire ne me ressemble pas : il est tout près de mon cœur.
Le poignard qui égorge l’agneau, celui qui coupe aux couleurs leurs doigts, ne me ressemble pas du tout
Le revolver pointu vers le jardin
La hache fort acérée dans la main du bourreau
Les équidés qui sillonnent les prés à la recherche d’un homme assassiné
Le bombardier qui lance le feu sur le nid des oiseaux,
Tant de crimes qui ne me ressemblent pas !

Les choses fraîches
Les souliers oubliés sous le lit
La langue cachée sous le silence
Les yeux qui, derrière les couleurs sombres, regardent en cachette
La clef rouillée
Ne me ressemblent pas non plus.
Seulement nous nous rejoignons dans quelques détails.

19 oct. 2009

FUSION

Extrait du recueil "Souffles Mixtes"
*
*
Quand les mots me traversent
C’est toi que je vois.
Quand tombent les averses
qui arrosent ton corps
En toi je me noie.
Quand dans tes yeux s’allume le sourire,
quand ta voix susurrée de loin me berce,
je suis ta voie et cesse
d’être
celui que je suis

Je deviens ton disciple, déesse
Diapré de ta lumière
Orné de ta beauté

ÉCRIRE, étreindre le Verbe

Extrait du recueil "Souffles Mixtes"
*
*
Quand écrire s’avère un acte d’amour où s’enlacent délice, douleur et souffrance, ataraxie et délivrance, j’écris.
Quand les tambours de la solitude tonnent, résonnent dans mon crâne et me pulvérisent, j’écris.
Pour renaître, me relever, m’élever et grandir, j’écris.
Pour me reconstruire, me restituer, me situer dans l’espace et le temps, pour être, devenir, advenir, j’écris.
Pour vomir mes désirs, brandir l’amour igné, la haine probable et mes ires, j’écris.
Contre l’usure, pour durer, j’écris.
Pour apprendre à me connaître, à me reconnaître chaque matin au réveil, à me renouveler, à me dépasser, à éparpiller ma cendre, celle de mon corps et de mon âme dans l’infinitude des cieux, j’écris.
Pour me propager dans l’espace tangible ou temporel, proche ou lointain, m’y diffuser, grisé ou en transe, ici, là et ailleurs, y voltiger et planer avec cette sensation rare, suave et douloureuse, celle d’être, d’exister chez l’autre, connu ou inconnu, de l’étreindre et l’aimer comme un fou à lier, j’écris.
Pour savourer le goût de la paix, de la liberté, pour détruire et reconstruire, je susurre le mot, le hurle, le vomis.
Pour que la mort m’oublie, j’étreins le verbe.
J’écris donc je prie, je fais ma catharsis.
J’écris donc je suis.
J’écris car j’écris.


Merci, langue maternelle, celle de Jâhiz
Merci, langue adoptive, celle de Voltaire.
A vous vont ma reconnaissance et tout mon amour. Combien je vous sais gré de faire en sorte que mon existence soit.
Vous emplissez ma tête et bouchonnez dans ma gorge au long des jours et des nuits.
Merci de cohabiter en moi.
Merci de constituer mon souffle mixte. Amen.